La communication à travers les principales théories des relations internationales

different countries flags waving

Lorsque nous communiquons, nous projetons notre compréhension du monde. Autrement dit, la manière dont nous interagissons avec « l’autre» est au cœur de notre communication. Dans les relations internationales, les trois théories classiques des relations internationales influencent les stratégies de communication.

Ce blog a pour but de présenter les styles de communication qui sont plus ou moins utilisés dans l’arène internationale en fonction des objectifs et du type de relations que nous établissons avec « l’autre». Si vous souhaitez en savoir plus sur le fonctionnement de la politique, de la communication et de la culture, et si vous voulez disposer d’outils conceptuels et d’exemples pratiques, ne manquez pas ce blog ! 

1 Le réalisme et la théorie de l’aiguille hypodermique

Théorie réaliste

Cette théorie propose que les Etats soient les principaux acteurs d’un système international caractérisé par l’anarchie, c’est-à-dire l’absence d’une autorité centrale pour imposer l’ordre. Selon cette théorie, les États opèrent dans un contexte d’auto-assistance, où chacun cherche à maximiser sa sécurité et sa puissance, ressources essentielles à sa survie.

Des théoriciens tels que Hans Morgenthau et Kenneth Waltz ont analysé la manière dont les États adoptent un comportement rationnel pour gérer cet environnement concurrentiel. Pour Morgenthau, la politique de puissance est centrée sur la conservation et l’expansion du pouvoir de l’État, tandis que Waltz a développé le concept d’équilibre des pouvoirs, suggérant que les États ajustent leurs capacités en réponse à celles de leurs adversaires potentiels afin de maintenir ou de rétablir un équilibre qui empêche la domination ou les menaces à leur sécurité.

Dans ce contexte d’équilibre, les relations avec les «autres» sont considérées comme une série d’actions stratégiques, telles que la formation d’alliances, la signature de traités et, dans certains cas, l’engagement dans un conflit, qui visent toutes à maintenir ou à renforcer la position de pouvoir de l’État. Selon ce point de vue, la coopération internationale est appréciée principalement lorsqu’elle contribue directement à la sécurité et aux intérêts de puissance de l’État.

Exemple

Imaginons que deux pays, « A » et « B », se disputent l’influence dans une région stratégiquement vitale. « A » cherche à étendre son influence en installant des bases militaires, tandis que « B » tente de contrer ce mouvement en concluant des alliances avec d’autres États de la région, ce qui montre clairement un jeu à somme nulle typique du réalisme.

Théorie de l’aiguille hypodermique

Également connue sous le nom de «théorie de la balle magique», elle décrit l’impact considérable que les médias peuvent avoir sur un public considéré comme passif et uniforme. Apparue pendant les guerres mondiales, cette théorie suggère que les médias ont la capacité de transmettre des messages que le grand public peut accepter sans poser de questions, influençant immédiatement ses opinions et son comportement.

Cette théorie souligne le rôle de la propagande dans la consolidation du soutien à l’effort de guerre et le renforcement du moral national. Des chercheurs comme Harold Lasswell ont noté que les messages de propagande étaient conçus pour être adoptés de manière cohérente par le public, évoquant des réponses émotionnelles destinées à inciter à l’action ou à changer la perception du public.

a tv showing the words TV propaganda

D’un point de vue pratique, cette exposition passive au message médiatique aboutit à une interprétation homogène par le public, ce qui représente une simplification considérable de la diversité des réponses humaines aux médias. Bien que cette vision ait été critiquée et supplantée par des théories de la communication plus interactives et plus complexes, elle reste un cadre pour comprendre les hypothèses initiales sur l’influence des médias et leur capacité à façonner directement la société.

Exemple

Lors d’une crise politique, comme dans l’exemple ci-dessus, le gouvernement de « A » utilise les médias d’État pour diffuser une propagande présentant « B » comme une menace imminente, s’attendant à ce que le public absorbe ces messages et soutienne les actions du gouvernement sans esprit critique, reflétant ainsi la dynamique de «l’aiguille hypodermique».

Liens entre les théories

Le réalisme des relations internationales et la théorie de l’aiguille hypodermique présentent tous deux une perspective déterministe et autoritaire du contrôle et de l’influence. Le réalisme se concentre sur la manière dont les États cherchent à maximiser leur pouvoir et leur sécurité, considérant la guerre et la concurrence comme des éléments inévitables dans un système international anarchique. Parallèlement, la théorie de l’aiguille hypodermique suggère que les médias agissent comme des outils de contrôle direct et à sens unique sur un public passif, capables d’injecter des messages qui sont assimilés uniformément et ne laissent aucune place au dialogue ou à la réaction.

Cette synergie et cette compréhension de l’autre exigent de préserver les secrets d’État et de mettre l’accent sur la sécurité nationale, reléguant les citoyens au rang de simples destinataires des politiques gouvernementales, sans possibilité de retour d’information ou de participation active. Nous examinerons plus loin d’autres écoles qui promeuvent le dialogue ouvert et le retour d’information en tant que piliers d’une communication efficace et respectueuse entre les États et leurs citoyens. Cette évolution reflète la reconnaissance croissante du fait que la légitimité et l’influence durable dépendent non seulement du pouvoir coercitif, mais aussi du consensus et de la collaboration.

2 Le libéralisme dans les relations internationales et la théorie de la définition de l’agenda

Théorie libérale

Cette théorie considère les interactions internationales comme complexes et multiformes. Contrairement au réalisme, qui considère l’État comme l’acteur principal d’un système anarchique, la théorie libérale identifie une diversité d’acteurs (États, organisations internationales, ONG et sociétés multinationales) qui exercent une influence significative sur la formation de normes mondiales et la promotion de la coopération.

Des penseurs tels que Robert Keohane et Joseph Nye ont contribué de manière significative au développement de cette approche, notamment en proposant la notion d’«interdépendance complexe» dans leur ouvrage commun «Power and Interdependence». Ils affirment que les liens économiques, sociaux et politiques entre les pays réduisent l’efficacité des stratégies de puissance dure et rendent la coopération pacifique plus viable et durable. Cette analyse est particulièrement pertinente dans le contexte de la mondialisation, caractérisée par d’intenses flux transfrontaliers de capitaux, de produits, d’idées et de personnes.

two people shaking hands

En outre, les institutions internationales et les régimes juridiques facilitent la coopération et gèrent les conflits de manière pacifique et prévisible. En pratique, elle encourage le recours à la diplomatie, au commerce et au dialogue international, dans le cadre desquels divers acteurs collaborent pour résoudre les différends et favoriser les partenariats sur des défis communs tels que le changement climatique, l’inégalité économique et les crises humanitaires, en soulignant que la sécurité et le bien-être d’une nation sont liés à la stabilité et à la prospérité mondiales.

Exemple

Supposons un accord de libre-échange entre les pays « A » et « B », qui implique également plusieurs organisations internationales et ONG promouvant le développement durable. Ce traité ne cherche pas seulement à réduire les barrières commerciales, mais il établit également des normes communes pour la protection de l’environnement, démontrant ainsi que la coopération peut faciliter à la fois la croissance économique et la responsabilité sociale et environnementale.

Théorie de l’établissement de l’agenda

Ce cadre reconnu dans le domaine de la communication explique le rôle influent des médias dans l’élaboration de l’agenda public. Il affirme que si les médias, parfois guidés par des agendas politiques ou économiques, ne peuvent pas contrôler ce que pense le public, ils choisissent de mettre en avant certains récits et d’en minimiser d’autres. C’est pourquoi ils choisissent de mettre en avant certains récits et d’en minimiser d’autres, soulignant ainsi la dynamique du pouvoir au sein de la communication et son effet direct sur la formation de l’opinion publique et les décisions politiques.

Formulée dans les années 1970 par Maxwell McCombs et Donald Shaw, cette théorie illustre la manière dont la présentation des informations par les médias établit une hiérarchie d’importance pour les questions à l’ordre du jour, affectant la perception de leur pertinence par le biais de la fréquence et de l’importance de leur couverture.

Le rôle des médias dans l’élaboration de l’agenda public est crucial, surtout en période d’élections, de crises politiques ou de débats sociaux intenses, car l’accent mis sur certaines questions peut orienter le discours public dans des directions spécifiques, reléguant parfois à l’arrière-plan d’autres questions tout aussi importantes.

Exemple

Dans le contexte de l’accord de libre-échange mentionné ci-dessus, les médias des deux pays « A » et « B » concentrent leur couverture sur les avantages économiques de l’accord, en particulier sur la façon dont il peut générer de l’emploi et favoriser l’innovation. Cependant, ils accordent également de l’espace aux débats sur les implications environnementales, amenant le public à considérer non seulement les avantages économiques mais aussi les responsabilités écologiques associées à l’accord.

Liens entre les théories

Le libéralisme et la théorie de la fixation de l’agenda convergent sur l’importance de la diversité des voix et de l’interaction dans la construction de la réalité et de la politique. Cette interaction favorise un environnement plus riche et plus nuancé, où l’influence s’exerce non seulement par l’imposition, mais aussi par le consensus et la pertinence des questions soulevées par les médias. Cette approche met en évidence la capacité des médias à agir non seulement comme un miroir de la réalité existante, mais aussi comme un façonneur de la réalité à travers la sélection et la focalisation des questions qui façonnent les perceptions du public et les politiques internationales.

3 Le constructivisme et la théorie de l’approche narrative

Théorie constructiviste

Cette théorie révise les hypothèses conventionnelles en matière de relations internationales, en soulignant que les structures de pouvoir et les politiques mondiales émergent de manière significative des interactions sociales et culturelles. Elle affirme que ce ne sont pas seulement les capacités matérielles, telles que l’économie ou la force militaire, qui définissent l’ordre mondial, mais aussi les idées, les croyances et les identités que les acteurs internationaux expriment et partagent.

Des théoriciens tels qu’Alexander Wendt et Nicholas Onuf ont étudié la manière dont les relations internationales sont façonnées par les interactions sociales, qui déterminent la perception collective des possibilités au sein de la politique mondiale. Dans sa Théorie sociale de la politique internationale, Wendt décrit les États non pas comme des entités rationnelles isolées, mais comme des acteurs dont les identités et les actions sont le produit de leurs interactions mutuelles.

Dans ce contexte, le système international est considéré comme dynamique et se redéfinit constamment à travers le discours et les pratiques sociales. Cela englobe la manière dont les nations se comprennent les unes les autres, définissent leurs rôles et les menaces qui pèsent sur elles, et la manière dont elles définissent leurs politiques. Par exemple, les normes internationales en matière de droits de l’homme et de souveraineté se sont développées socialement au fil du temps et continuent d’évoluer à travers le dialogue et les conflits entre les États et les autres acteurs internationaux.

Les symboles et les récits utilisés par les dirigeants politiques et les médias, en plus de refléter la réalité, contribuent activement à la façonner, en influençant les perceptions et les actions des gouvernements et des citoyens. 

Exemple

Dans le cadre d’une crise diplomatique entre les pays « A » et « B », où des tensions existent traditionnellement, une série de dialogues culturels et d’échanges éducatifs commencent à modifier la perception qu’ont les citoyens l’un de l’autre. Ces programmes, soutenus par des ONG et des organisations internationales, contribuent à redéfinir « A » et « B » comme des partenaires potentiels dans la promotion de la paix régionale et du développement durable.

Théorie de l’approche narrative

La théorie de la focalisation narrative propose que la communication et les médias ne se contentent pas de refléter les événements, mais qu’ils construisent activement la réalité à travers les histoires qu’ils choisissent de raconter et la manière dont ils les présentent. Ce cadre affirme que les récits, diffusés par les médias, la politique et la culture populaire, sont des outils clés qui non seulement façonnent les perceptions et les comportements du public, mais peuvent également redéfinir les problèmes sociaux et politiques, en proposant de nouvelles solutions.

Par exemple, la manière dont une crise économique ou une urgence humanitaire est rapportée peut modifier de manière significative la compréhension et la réponse du public à ces situations, soulignant le pouvoir du «soft power» dans la diplomatie et la politique mondiale.

Enfin, la théorie de la focalisation narrative nous rappelle la responsabilité des créateurs de récits, qu’il s’agisse de politiciens, de journalistes ou de cinéastes, dans la construction de la réalité sociale. Elle reconnaît que les récits dominants dans le discours public ne reflètent pas seulement le monde, mais ont aussi le pouvoir de le transformer, soulignant la nécessité d’une communication prudente et éthique pour façonner nos réalités communes.

people in a room recording a documentary, with the camera in front view

Exemple

Les médias des pays « A » et « B » diffusent des documentaires et des séries qui présentent les réussites et la coopération entre les deux pays. Ces récits soulignent les avantages de la collaboration et de l’interdépendance, influençant l’opinion publique vers une vision plus positive des relations bilatérales, ce qui facilite une plus grande ouverture et une meilleure coopération dans les futures négociations politiques et économiques.

Liens entre les théories

Les deux théories illustrent l’importance des facteurs immatériels dans les relations internationales. Alors que le constructivisme se concentre sur la manière dont les identités et les normes sont cocréées et maintiennent la structure de la politique internationale, la théorie de l’approche narrative démontre le pouvoir des médias et de la communication pour façonner ces perceptions et ces réalités. Ensemble, nous soulignons le rôle du dialogue, de l’éducation et de la narration dans les médias.

Conclusion

J’espère que cette introduction aux principales théories des relations internationales et à la manière dont elles expliquent les objectifs et les techniques des acteurs internationaux dans leurs relations mutuelles vous apportera quelques réponses aux différentes approches de la communication. 

Si vous avez des questions ou des suggestions sur la manière de mettre ces théories en pratique, je vous invite à vous connecter avec moi sur LinkedIn.

Articles associés :

four hands surrounding a figure of a heart
Knowledge Sharing

Guide rapide pour améliorer la communication intermédiaire dans une organisation sociale

Dans le monde complexe des organisations sociales, une communication claire et efficace avec toutes les parties impliquées est essentielle. Ce guide aborde les stratégies et outils pour gérer les relations avec des intermédiaires clés comme les bénévoles, donateurs et partenaires, assurant ainsi la prospérité de votre organisation en favorisant des connexions solides.

Lire la suite »