
Comment communiquer sur l’utilisation de l’IA sans perdre en crédibilité
Dire que l’IA a été utilisée ne suffit pas. Cet article explique quand le signaler, ce qu’une mention utile doit contenir et comment documenter la vérification humaine.
Un festival se termine dimanche. Le lundi, l’équipe dispose de photos, de chiffres de fréquentation, de retombées médiatiques et d’une série de publications pour les réseaux sociaux.
Tout cela montre qu’il y a eu de l’activité.
Mais cela soulève une question plus difficile : que reste-t-il une fois la scène démontée ?
Peut-être que certaines personnes ont découvert un espace culturel. Peut-être que des liens se sont tissés entre artistes, associations et institutions. Ou peut-être que le programme s’est achevé exactement là où il avait commencé : par une action visible, bien communiquée, mais sans suite.
Ces dernières années, les institutions et organismes culturels ont établi un lien entre la participation culturelle et la démocratie, la cohésion sociale et la confiance du public. Il convient de manier cette promesse avec prudence. Le rapport « Culture and democracy, the evidence », élaboré pour la Commission européenne, rassemble des recherches qui associent la participation culturelle à un engagement civique et démocratique accru. Il souligne également que d’importantes inégalités d’accès persistent.
La culture peut renforcer la confiance du public lorsqu’elle offre une continuité, une liberté artistique et la possibilité d’une véritable participation. Sa contribution consiste à créer les conditions propices à la rencontre, à l’expression et à des relations durables ; la confiance dépendra ensuite de la manière dont l’institution agira.
Le mot « infrastructure » nous fait généralement penser à des bâtiments. Un théâtre, une bibliothèque ou un centre culturel sont des infrastructures physiques, mais le concept que je propose, celui d’ « infrastructure démocratique », est plus large.
En font partie le temps consacré par les personnes qui assurent la coordination, les ressources nécessaires à la rémunération des artistes, la traduction, le transport, l’accessibilité, la liberté d’aborder des sujets délicats et des règles permettant à la communauté d’influencer les décisions.
Dans cette perspective, le bâtiment n’est qu’un élément de l’ensemble. L’infrastructure acquiert une dimension démocratique lorsque cet espace permet de se rencontrer, de créer, d’exprimer des divergences d’opinion, de participer aux décisions et d’y revenir.
Cette dimension dépend de qui participe, de qui peut proposer et décider, des voix qui trouvent un écho et de la réponse apportée aux idées avancées.
Le « Culture Compass for Europe » place l’accès, la participation, la diversité culturelle et la liberté artistique parmi les conditions que les politiques européennes doivent soutenir. Son approche contribue à déplacer le débat de la programmation d’événements vers les conditions qui rendent possible une vie culturelle ouverte.
Par conséquent, parler de la culture en tant qu’infrastructure démocratique signifie soutenir des lieux, des relations, des droits et des capacités qui permettent de participer, de s’exprimer et d’influencer de manière continue la vie collective.
Une campagne s’articule généralement autour d’un message, d’un public cible et d’un calendrier. Elle peut informer rapidement, mobiliser des personnes à un moment précis ou donner de la visibilité à une cause. Et si tel est son objectif, elle peut très bien l’atteindre.
Un processus culturel fonctionne à un autre rythme. Il peut ouvrir un espace où les personnes interprètent, créent et discutent, même lorsqu’elles ne parviennent pas à une conclusion commune. Cet espace peut accueillir d’autres points de vue, au-delà du message que l’institution souhaite transmettre.
Lorsque cette participation s’inscrit dans la durée, elle peut contribuer à renforcer la confiance du public. Une communauté qui constate qu’une institution est à l’écoute, tient ses engagements, explique ses limites et entretient la relation vit une expérience différente de celle d’une action isolée. La confiance peut se développer à partir de cette continuité et de cette cohérence.
Le programme irlandais Creative Places contribue à mettre en lumière cette différence. Depuis 2020, le Conseil des arts irlandais finance des programmes dans des lieux qui n’avaient auparavant pas bénéficié d’un investissement artistique continu. Chaque zone dispose d’une coordination locale et élabore sa programmation en fonction des besoins, des opportunités et des idées de la communauté.
En 2025, l’organisme comptait 19 communautés participantes au programme, avec cinq millions d’euros investis et 125 000 personnes touchées. Une évaluation confiée à une équipe externe a mis en évidence un regain de fierté locale, un sentiment d’appartenance et une perception accrue des possibilités culturelles.
Le cas de Creative Places ne démontre pas que l’investissement culturel génère une confiance démocratique dans n’importe quel contexte. Il permet toutefois de voir comment les enjeux évoluent lorsque l’on finance le temps, la coordination, la participation locale et la pérennité, plutôt que de réduire la réussite au nombre de participants.
La culture n’arrive pas dans un espace neutre. Elle s’inscrit dans des communautés marquées par des inégalités, des conflits, des souvenirs partagés et des possibilités inégales de se faire entendre.
Un programme peut recourir à un langage participatif tout en continuant à donner la parole aux mêmes personnes. Il peut inviter une communauté alors que le thème, le budget et le format sont déjà fixés. Il peut également ne sélectionner que des expressions qui conviennent à l’institution ou utiliser les artistes comme porte-parole d’un message prédéterminé.
L’UNESCO rappelle que la culture peut jeter des ponts, mais aussi être instrumentalisée à des fins de division. C’est pourquoi la valeur démocratique d’un espace culturel dépend autant de son objectif que de ses règles.
La liberté artistique constitue un rempart important contre cette instrumentalisation. Le Conseil de l’Europe souligne que les artistes mettent souvent en lumière des problèmes, des vérités dérangeantes et des sujets exclus du discours politique habituel.
Une institution qui soutient la culture doit accepter de ne pas contrôler chaque interprétation. Elle peut fixer des limites juridiques, budgétaires ou de sécurité, mais elle doit les expliquer clairement. Si chaque résultat doit confirmer le discours officiel, il s’agit alors d’une campagne culturelle, et non d’un espace de création libre.
La co-création est devenue un terme courant dans les appels à projets et les programmes européens. Son utilisation recouvre toutefois des expériences très diverses.
Demander des avis sur un programme déjà conçu relève de la consultation. La co-création implique que les contributions puissent modifier une partie significative du processus : le programme, les formats, l’utilisation des ressources, la sélection des participants, la paternité de l’œuvre ou l’évaluation.
Cela n’implique pas pour autant de répartir toutes les décisions de manière égale. Une institution conserve des responsabilités juridiques et budgétaires qu’elle ne peut déléguer. L’important est d’expliquer dès le départ ce qui peut faire l’objet d’une décision, quelles sont les limites et quel retour les participants peuvent attendre.
La participation, qui permet d’exercer une influence, apparaît également dans les débats européens récents. Dans le cadre du Forum mondial pour la démocratie de 2025, le Conseil de l’Europe a souligné que rendre les politiques culturelles plus participatives implique de revoir la manière dont les décisions sont prises, les ressources sont allouées et les citoyens sont invités à contribuer.
Cette même approche s’est étendue aux relations culturelles internationales. En 2026, le Service européen pour l’action extérieure a décrit une évolution allant de la promotion ou de la diffusion culturelle à l’échange mutuel, aux relations entre les personnes et à la co-création. Parmi ses principes figurent la confiance mutuelle et l’engagement à long terme auprès des communautés et des professionnels de la culture.
Dans la pratique, le partage des compétences nécessite du temps et des ressources. Il exige également de rémunérer les savoirs locaux, de reconnaître la paternité des œuvres et d’accepter que le résultat puisse différer de celui imaginé par l’organisme financeur.
La fréquentation a son importance. Elle permet de savoir si une activité a touché cent personnes ou dix mille, si le budget était raisonnable et si le programme a atteint une partie du public visé.
Ce chiffre s’avère insuffisant lorsqu’il devient la seule définition du succès. Savoir combien de personnes sont venues ne nous dit pas qui est resté à l’écart, dans quelle mesure elles ont pu participer, si elles sont revenues, quelles relations se sont nouées ou ce que l’institution a appris.
Le cadre « Culture|2030 Indicators » de l’UNESCO combine des données quantitatives et qualitatives au moyen de 22 indicateurs thématiques et de diverses sources. La leçon à tirer pour un programme concret est simple : pour bien mesurer, il faut examiner l’activité elle-même, mais aussi les conditions qu’elle a laissées dans son sillage.
L’accès peut être analysé en observant la diversité des participants, les obstacles identifiés et les mesures qui ont porté leurs fruits. La capacité de décision s’apprécie en comparant ce qui était ouvert à la participation et ce qui a changé grâce à celle-ci.
La pérennité exige d’examiner si les personnes reviennent, si de nouvelles collaborations voient le jour et s’il reste des ressources ou des savoirs sur le territoire. La relation institutionnelle s’appréhende mieux en se demandant si les engagements étaient clairs, s’il y a eu un retour d’expérience et comment les désaccords ont été gérés.
Les entretiens, l’observation, les récits de changement et les cartes des relations viennent compléter les données de fréquentation. Un bon système d’évaluation combine ces deux types de données et reconnaît ce qui ne peut pas encore être attribué avec certitude au programme.
Que devrait-il rester à l’issue de la programmation ? La réponse peut être un réseau local, de nouvelles capacités, un espace accessible, une relation avec des artistes ou une méthode de participation que l’institution maintiendra.
À quelles décisions ont-ils réellement pu participer ? Assister à une activité, donner son avis et intervenir dans sa conception constituent des formes différentes de participation. Il convient d’expliquer quelle marge de manœuvre existait et ce qui a changé grâce aux contributions reçues.
Quelles personnes ou quels collectifs restent exclus ? Présenter une activité comme ouverte à tous ne garantit pas l’égalité d’accès. Le coût, la distance, la langue, les horaires, l’accessibilité physique ou le sentiment d’être invité peuvent constituer des obstacles. Identifier les identifiants fait également partie de la conception.
Quelle liberté la création conserve-t-elle ? Si le résultat doit confirmer une conclusion institutionnelle, la proposition doit être présentée comme une communication ou une programmation thématique, et non comme une co-création ouverte.
Comment saurons-nous ce qui a changé ? La réponse devrait inclure l’activité, l’accès, la capacité de décision, la continuité et l’apprentissage, sans promettre des effets démocratiques que le projet ne peut pas démontrer.
Se poser ces questions à temps aide à structurer la conception, à préciser le type d’intervention que nous créons et à parler de ses résultats avec la prudence nécessaire.
La culture peut apporter à la vie démocratique quelque chose de difficile à obtenir par une intervention ponctuelle : du temps partagé pour créer, interpréter, diverger et tisser des liens. Cette possibilité apparaît lorsqu’il y a accès, liberté artistique, continuité et une influence reconnaissable des personnes participantes.
Cela exige également de l’humilité institutionnelle. La culture perd une partie de sa valeur démocratique lorsqu’elle est utilisée pour confirmer un message figé, embellir une décision ou accroître la visibilité. Sa force réside précisément dans l’ouverture d’un espace que l’institution ne contrôle pas entièrement, même si elle demeure responsable de son financement et de sa gestion.
Lors de la conception d’un programme culturel, il convient de regarder au-delà des chiffres d’audience et de se demander ce que les personnes pourront faire ensemble et si, à l’issue du projet, elles disposeront de davantage de relations, de connaissances ou d’espaces pour continuer à créer et à participer.
Si vous travaillez dans le domaine de la culture, de la communication publique ou des programmes internationaux, je serais intéressé à connaître votre expérience sur LinkedIn : que devrait subsister après un projet culturel pour que l’on puisse parler d’infrastructure démocratique, au-delà de l’événement ?
Cela signifie soutenir des espaces, des ressources, des droits et des relations qui permettent aux personnes de créer, de participer et d’exercer une influence sur la vie culturelle de leur communauté. Cela inclut les bâtiments, mais aussi la continuité, l’accessibilité, la coordination, la liberté artistique et la capacité décisionnelle.
Elle doit clairement distinguer ses objectifs institutionnels de la liberté créative. Elle peut fixer des limites et définir des responsabilités, mais elle doit permettre la pluralité, la critique et des résultats qui ne reproduisent pas fidèlement son propre discours.
La co-création est réelle lorsque les participants peuvent modifier des décisions importantes. L’équipe doit préciser quels aspects sont ouverts à la discussion, comment les contributions seront intégrées, quelles sont les limites et quel retour la communauté en tirera.
Il convient de combiner les chiffres et les données qualitatives. Outre la fréquentation, on peut observer les obstacles à l’accès, la diversité, la continuité, les nouvelles collaborations, le pouvoir de décision, les apprentissages et les changements dans la relation entre l’institution et la communauté.
À elle seule, non. La culture peut créer des occasions d’écoute, de participation et de relations durables, mais la confiance dépendra également du comportement de l’institution, du respect des engagements, de la répartition du pouvoir et de la manière de gérer les désaccords.
Cet article s’appuie sur le thème, l’approche et les critères éditoriaux que j’ai définis. Lors de sa rédaction, des outils d’intelligence artificielle ont été utilisés pour faciliter la recherche documentaire, organiser le contenu et préparer une première ébauche. Avant sa publication, j’ai révisé le texte concernant les données, les sources référencées, le contexte, le ton et la formulation finale. Moi, Laura Mellado, j’approuve la version publiée et j’en assume la responsabilité éditoriale.

Dire que l’IA a été utilisée ne suffit pas. Cet article explique quand le signaler, ce qu’une mention utile doit contenir et comment documenter la vérification humaine.

L’AI Act pour les équipes de communication va bien au-delà de l’apprentissage de nouveaux outils. Ce guide présente les obligations et leur traduction en règles claires d’usage, de relecture et de transparence.

Expliquer une décision publique ne consiste pas à paraître irréprochable. Il s’agit de présenter les critères, les limites et les retombées afin qu’elle soit perçue comme raisonnable et responsable.